DES PISTES DE SORTIE DE CRISE DURABLE SONT POSSIBLES EN GUINEE

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Depuis le débat sur le changement de la constitution auquel il a participé en donnant son point de vue jusqu’à la récente élection présidentielle, Bah Oury est resté fidèle à ses convictions. Après avoir décidé de boycotter le référendum, les élections législatives du 22 mars dernier et la présidentielle du 18 octobre, le président de l’Union des démocrates pour la renaissance de la Guinée (UDRG), vit avec amertume la crise politique née de cette dernière consultation électorale. Invité dans l’interview de aconakylive.com, Bah Oury propose surtout les pistes de sortie de crise afin de ramener la Guinée sur la voix d’une stabilité durable.

ACL : 

Bonjour Monsieur Bah Oury et merci de nous accorder cet entretien. Dites-nous, quelle est votre appréciation générale par rapport à l’élection présidentielle du 18 octobre dernier en Guinée.

Bah Oury : 

” bonjour et merci pour l’invitation. Vous savez, notre position en la matière est connue, nous n’avons pas jugé opportun de participer à ce scrutin pour les raisons suivantes :

 1- le cadre légal n’était pas approprié, avec une violation des dispositions d’intangibilité de la constitution de 2010 et l’organisation d’un changement anticonstitutionnel qui a fait prospérer un texte qui n’a pas été dans un second temps promulgué comme cela se doit.

C’est un autre texte qui n’a jamais fait l’objet d’une approbation quelconque qui a été promulgué et considéré comme étant la loi constitutionnelle de la République de Guinée. Ça c’est quelque chose que nous avons déploré et condamné

 2- Le fichier électoral, comme vous le savez, nous ne l’avons pas du tout considéré comme fichier susceptible d’organiser des élections crédibles permettant aux citoyens d’exprimer leur droit de la manière la plus claire et la plus nette possible.

3- Le troisième aspect s’explique par notre refus de participer aux législatives pour les mêmes raisons. Donc nous ne pouvions pas envisager de participer à une élection présidentielle alors que la situation, tant sur le plan légal que sécuritaire comportait des facteurs de régression démocratique et d’exacerbation de la violence politique.

Fermer les yeux sur les centaines de morts suite aux manifestations pacifiques qui ont été organisées pour s’opposer à cette dérive de changement anticonstitutionnel serait une prime à la culture d’impunité susceptible d’encourager la répétition des tragédies sanglantes en Guinée. Nous ne pouvions pas tourner le dos à tout cela, au risque de prospérer le troisième faire le 3ᵉ mandat. 

Ce sont ces raisons qui nous ont amené à ne pas participer à ce scrutin et à maintenir notre position.

ACL:

Le scrutin a quand même eu lieu et le président Alpha Condé en est sorti vainqueur dès le premier tour. Quelles lecture faites-vous du caractère de cette journée électorale et des revendications qui en ont suivies ?

Bah Oury :

Comme nous n’avons pas jugé opportun d’y participer, je ferai l’économie d’apporter un jugement de valeur sur un processus que nous savions bel et bien qu’il ne ferait que donner les résultats tels que nous le constatons maintenant avec son lit de victimes, de dislocation de la cohésion nationale.

Tout cela, nous l’avions dit avant le scrutin, donc nous ne pouvons pas faire comme si nous ne le savions pas. Malheureusement les évènements nous ont donné raison. Ceci dit, nous avons considéré que dans le contexte actuel, avec toutes les imperfections et tous les dérapages qui ont été constatés, il faut faire prévaloir le principe de la réalité. Ce principe de réalité stipule qu’on fasse avec ce qui est. Ce qui est aujourd’hui, est que nous avons un chef d’Etat qui gouverne, il a les attributs d’un Président de la République.

Nous prenons acte de cela parce que nous ne pouvons pas l’ignorer pour ne pas se retrouver dans une totale impasse. Telle est notre position à ce sujet.

ACL:

Este ce que de manière claire, vous reconnaissez la victoire du président Alpha Condé ?

Bah Oury :

Ce n’est pas une victoire que nous reconnaissons, nous préférons en ressortir le principe de la réalité. Le président Alpha Condé est à sa place, c’est lui qui a le sceau pour gouverner la Guinée à l’heure actuelle. Quel que soit ce qu’on peut penser, il faut qu’on prenne acte de cela pour pouvoir, dans une dynamique que nous allons décliner au fil des jours, envisager des stratégies permettant une sortie de crise à notre pays parce que c’est l’intérêt national qui est fondamental. Ce n’est pas la position individuelle des uns et des autres.

ACL:

Justement, aujourd’hui la grande question qui se pose est de savoir comment sortir de cette situation. Cellou Dalein Diallo continue de réclamer “sa victoire”, Alpha Condé va vers son investiture… Pour vous, comment on pourrait décrisper cette situation tendue ?

Bah Oury :

Il ne faut pas ramener la question de la stabilité de la Guinée et l’intérêt national à des positions individuelles. Il y a une nécessité absolue d’envisager la situation avec responsabilité, et c’est ce qu’il faut faire de la part de tous les acteurs y compris ceux qui sont en situation de responsabilité.

Premièrement, il faut aller vers la désescalade. Ceux qui sont en situation de responsabilité doivent donner des gages qui prouvent leur volonté de faire entrer la Guinée dans une dynamique de stabilisation progressive en libérant les détenus politiques et en instaurant un climat minimum de confiance entre eux et la population de manière globale. C’est à eux de démontrer leur désir et leur volonté dans ce sens.

Ensuite, à moyen terme, en tant qu’acteur politique, nous ne pouvons pas considérer que le pouvoir doit faire simplement ce qu’il veut. Nous devons prendre des initiatives pour aller vers nos compatriotes afin de faire émerger un projet alternatif susceptible de rassembler les guinéens de tous les horizons et de toutes les ethnies pour imposer une dynamique vertueuse permettant à la Guinée d’entamer une sortie de crise par le haut. Cela demande de la concertation, les contacts entre les uns et les autres et que les guinéens se parlent, qu’ils évaluent avec responsabilité les tenants et les aboutissants des enjeux et des responsabilités qui nous ont conduit à cette situation de blocage.

À partir de là, et de manière concertée avec les formes habituelles, comme les assises nationales, le dialogue national, ou bien la conférence nationale afin que les guinéens se retrouvent de la manière la plus libre pour envisager ensemble un destin et un avenir pour le pays.

Le pouvoir en place peut y participer, et s’il y participe ce serait encore mieux, au cas contraire, il faut quoi qu’il en soit, que les démocrates et les patriotes s’organisent pour faire émerger un projet qui permettrait de rassembler au-delà des ethnies et des clivages actuels pour que demain la Guinée puisse avoir une alternative crédible.

On pourra dans un second temps entrer en profondeur sur ces dynamiques qui permettront à la Guinée d’envisager de la manière la plus sereine une sortie de crise qui passera par les formes d’organisation d’une transition.

ACL:

Pour l’instant nous n’en sommes pas là et les opinions ne vont pas plutôt dans ce sens. Comment entrevoyez-vous l’avenir de la Guinée dans ce contexte actuel ?

Bah Oury :

Si le pouvoir ferme les yeux et s’obstine à aller dans une logique répressive, ce qui s’est passé dans les autres pays limitrophes risquent de se produire ici.

Les récents événements de Wanindara, avec une répression ciblée des populations de ce quartier [le gouvernement se justifie en prétextant l’existence d’une attaque armée contre des agents de police, NDLR] sont une parfaite illustration des risques sécuritaires qui menacent la Guinée.

Il faut que les gens prennent conscience des menaces qui guettent la Guinée et la sous-région pour envisager des solutions qui doivent s’imposer au regard impérieux de la nation et de l’intérêt général.

ACL:

Quelles peuvent être, à votre avis, certaines de ces solutions ? On a vu récemment certains acteurs de la société civile préconiser une dissolution de l’assemblée nationale, est ce que vous êtes du même avis ?

Bah Oury :

Il faut prendre la question de la stabilisation de la Guinée de manière globale, et dans le cadre d’une assise ou d’une conférence nationale qui rassemblerait de manière la plus responsable les acteurs les plus représentatifs de la société politique, de la société civile, des syndicats et des forces vives nationales afin de faire un émerger un consensus fort susceptible de remettre le pays sur les rails.

La feuille de route qui pourrait se dégager sera la ligne directrice de la gouvernance transitoire de la Guinée. À cet effet, des questions comme le fichier électoral, la constitution, les élections législatives et autres peuvent être prises en compte dans une dynamique de restauration de la normalité sur le plan politique et institutionnel.

C’est ainsi que nous devons agir car ça ne sert à rien de soigner une plaie dont l’origine n’est pas bien diagnostiquée au risque de déplacer le problème sans pour autant lui trouver une solution définitive.

ACL:

Dans quelques jours, le président Alpha Condé sera investi pour son nouveau mandat, est ce que Monsieur Bah Oury prendra part à cette cérémonie ?

Bah Oury :

De toute façon, je ne suis pas convié et je ne pense pas que je serai pas convié. Donc la question ne se pose pas.

ACL:

Dans le cas où vous êtes convié ?

Bah Oury :

Le principe de réalité nous amène à privilégier toute dynamique susceptible de casser l’élan qui va dans le sens de la dérive. Tout ce qui peut permettre de restaurer le processus de normalisation politique, et l’ordre institutionnel en conformité avec les fondements de l’État de droit devra être privilégié. Il ne faudrait pas par conséquent fermer la porte.

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